Peux-tu présenter ton parcours en quelques mots, et ce qui t’a amené à travailler dans l’impression 3D ?

En charge de l’e-commerce pour les pièces détachées chez Alstom Transport, je cherchais des solutions agiles pour résoudre des problèmes d’obsolescence ou de stocks. J’ai alors investigué, mobilisé des ressources, identifié des talents puis lancé un programme de R&D sur plusieurs années : montée en compétences, qualification des matériaux, validation des process et dissémination des savoirs dans les différents métiers et sites industriels.

Quelle a été ta première rencontre avec l’impression 3D ?

Un collègue, Félix Woutz, était en veille sur le sujet et m’a partagé ses connaissances. J’ai ensuite eu la chance de rencontrer Pascal Goumault chez Michelin puis Thierry Thomas chez Safran. Ma première imprimante a été une Markforged, acquise pour imprimer des outillages à la demande sur un stand.

Quelle est ton activité professionnelle aujourd’hui et comment t’impliques-tu dans le secteur de l’impression 3D ?

Je travaille chez Dassault Systèmes et suis en charge du développement commercial de la 3DExperience Marketplace auprès des grandes entreprises, des filières et des clusters. C’est un lieu de rencontre entre acheteurs à la recherche de services de fabrication et offreurs disposant de capacités machines, de matériaux et de compétences. Je participe aussi à un groupe transverse au sein de Dassault Systèmes qui propose, au sein de la 3DExperience plateforme, une solution intégrée allant de la conception d’une pièce à sa certification.

Quels sont les aspects de ces technologies qui t’intéressent tout particulièrement ?

L’impression 3D est un trublion qui bouleverse les codes établis, dans un domaine qui était jusqu’alors plutôt réservé aux ingénieurs et opérateurs techniques. Elle déclenche une révolution des usages et des pratiques qui va au-delà de la fabrication additive. C’est aussi un formidable outil au service de la créativité, en permettant de s’affranchir de nombreuses contraintes. Enfin, c’est une technologie qui contribue au développement durable : consommer moins de matières et produire au plus proche du besoin.

Quand as-tu rejoint l’association ?

J’ai dans un 1er temps uniquement participé aux Assises en tant qu’auditeur ou intervenant. Puis j’ai proposé d’animer des sessions dont une table ronde « Make or buy » en 2019, année de mon adhésion en tant que représentant de Dassault Systèmes.

Quelles sont les raisons qui t’ont motivées à devenir adhérent puis à rejoindre le bureau de l’association ?

Il n’est pas possible d’avancer seul en fabrication additive: le champ est trop vaste, les domaines d’expertises trop nombreux. Adhérer c’est avoir la chance d’accéder directement à un réseau d’expert pour être en veille active, comprendre et agir avec pertinence.

Rejoindre le bureau est une démarche bénévole, un surcroit d’activité certes mais aussi une vraie chance de mener des actions à l’échelle nationale voire européenne. Si la filière se développe et crée de la valeur, c’est bon pour la France, c’est bon pour mon entreprise et donc pour moi. La filière Impression 3D a un vrai rôle à jouer dans cette phase de relance et de réindustrialisation de notre pays, ce n’est pas seulement l’affaire des pouvoirs publics, c’est aussi l’affaire de nous tous ! La compétition est mondiale, les investissements massifs : la France n’est pas leader mais peut renforcer ses positions si nous savons jouer collectif.

France Additive évolue fortement, avec l’arrivée de nouveaux services aux adhérents (plateforme communautaire, veille sectorielle, mutualisation des savoirs) et d’actions conjointes pour développer le secteur, quelles sont tes attentes et tes envies vis-à-vis de France Additive pour les mois et années à venir ?
Je mobilise notre bureau, nos adhérents et partenaires autour de 3 objectifs complémentaires : fédérer les acteurs et les faire travailler ensemble; promouvoir la fabrication additive en tant que filière; élaborer et faire financer des projets structurants.

Mes attentes ? Que France Additive soit un lieu où les adhérents se sentent chez eux, prennent l’initiative et mènent des actions. Nous ne sommes pas un média, pas un lobby, pas un salon, pas un business : nous sommes une filière !

Mes envies ? Décliner le chiffre 3 en y ajoutant des 0 !
3 décembre, faire la fête de l’impression 3D ; 30 exposants aux Assises 2021 ; 300 adhérents actifs et porteurs du projet; 30.000 emplois créés et 300 M€ d’aide française et européenne pour financer des projets structurants.

Quels sont les grands défis rencontrés selon toi aujourd’hui par l’écosystème impression 3D en France ?

Nous sommes trop frileux à chaque étape.
Du côté des offreurs, c’est une course mondiale dans laquelle les premiers déposent des brevets et sécurisent leurs parts de marché futures. Certes il y a de la casse en route et de nombreux acteurs consomment du cash mais le fossé se creuse entre les pays leaders (USA pour les polymers, Allemagne pour le métal), les émergents (Chine) et les autres.

Du côté des autorités publiques et investisseurs privés. La France en période post-covid découvre qu’elle n’a plus beaucoup d’industrie et qu’elle est devenue dépendante. Il n’est pas trop tard pour l’additif en agissant sur 3 leviers : le transfert entre nos excellents centres de recherche et les industriels du secteur ; les talents qui bien formés sauront créer de la valeur via les applications, les machines, les poudres, les logiciels ou encore les services ; l’attractivité, « Choose France » en incitant les acteurs étrangers à localiser des activités de recherche et de production en France.

Les centres techniques sont moteurs et aident les PME. Ils sélectionnent les meilleures technologies du moment mais pourraient peut-être oser faire un peu plus confiance à l’offre française qui est prometteuse et portée par des entrepreneurs talentueux.

Enfin, du côté de la demande, nous avons de la peine à trouver des « followers » qui prennent le relais des « early adopters ». Une action d’envergure est à mener pour conduire au changement les bureaux d’études et les services achats… lorsque c’’est pertinent !

France Additive lance la Fête de l’impression 3D le 03 décembre prochain, quelle sera ta participation ?

J’ai un objet design imprimé en 3D que j’adore, posé en permanence sur mon bureau. Je vais me prendre en photo avec et la poster sur les réseaux sociaux avec le hashtag #feteimpression3D ! Après la vague « support de visières » du Printemps, c’est une seconde vague « créative » qui va faire le buzz cet hiver: l’impression 3D affranchi les contraintes de fabrication, tout le monde peut créer et être de fier de partager sa réalisation favorite !

Enfin, une dernière question pour se projeter et rêver un peu : à quoi ressemblera France Additive dans 5 ans ?

Nous continuerons de tracer la route initiée en 1992 avec le prototypage rapide: être une association ouverte, neutre et autonome, qui contribue au développement de la filière et offre des services à ses adhérents.

Un changement notable peut être tout de même : nous aurons un siège au conseil d’administration de l’Institut Français de la Fabrication Additive, dont les locaux auront été … imprimés en 3D !

Pour rester en contact : profil Linkedin de Christophe Eschenbrenner.